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20/04/2016

Lendemain d'élections

On nous écrit d’Autignac, le 28 octobre 1876 :

Je vous ai déjà annoncé le renouvellement de notre municipalité et vous savez comment M. Alcide Pastre, maire, qui doit à l'estime et à la sympathie de la population entière son élection au conseil municipal, a succombé devant la coalition radicale, depuis longtemps résolue à confier l'administration à des hommes qui puissent rester dans leurs mains de fragiles instruments.

L'orgie à laquelle les vainqueurs se sont livrés pour fêter leur triomphe, sans que les nouveaux édiles aient osés intervenir afin d'assurer la tranquillité publique, et la meilleure preuve de ce que nous avançons.

Pendant près de vingt-quatre heures consécutives, notre paisible village, livré aux furieux, a été le théâtre de tous les désordres.

Du matin au soir une farandole de radicaux a parcouru les rues en hurlant et en tirant des boîtes explosives.

Dans la matinée, vers dix heures, la saturnale a commencé devant la maison de M. J.-L. B., atteint d'une dangereuse maladie de nerfs ; le bruit assourdissant des détonations partantes devant sa porte a mis le malade dans l'état le plus alarmant. Sa femme désespérée, a tenté par la fenêtre d'éloigner la cohue. Ses exhortations ne lui ont valu que des outrages.

Des sérénades, où l'enfer semblait avoir déchaîné toutes les furies, ont eu lieu ensuite avec un accompagnement d'explosion, près de la demeure de tous les citoyens spécialement désignés à la rage des rouges par la dignité de leur caractère et leurs sentiments de justice et d'ordre.

À nuit close, retraite aux flambeaux et danses échevelées.

Vers sept à huit heures, la bande reformée devant le portail de l’église, où elle fait éclater une boite. La commotion brise les vitraux de la chapelle Saint-Roch.

Econduits par les pieuses femmes en prières dans l’église, les furieux se rendent sous les fenêtres du presbytère.

Comme ils se disposaient à allumer là une autre bombe, le respectable curé essaie par la fenêtre de faire entendre quelques paroles de paix. Le digne prêtre n’y parvient pas, et se décide à descendre. Il est accueilli par d’outrageantes grossièretés.

On tire la boite à quelques pas, et la détonation est si forte qu’elle brise les vitres de la croisée d’un voisin.

La saturnale hideuse, indécente se continue par un bal jusqu'à deux heures du matin, et on entend encore au dernier moment de formidables détonations.

Où était MM. Le maire et l’adjoint pendant ces graves désordres ? dans le village, c’est certain ; mais ils savaient qu’une intervention leur couterait leur popularité acquise avec tant de flatteries et de sacrifices personnels, et ils ont préféré laisser s’ébattre la queue rouge.

18:06 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)