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09/12/2014

Autignac vu par AMELIN


Vers 1825, Jean-Marie AMELIN, dessinateur et aquarelliste visite notre département commune par commune.

 Il vient de dormir à Murviel, se rend à Autignac, d’où il va ensuite à Laurens

  • Voici la notice manuscrite sur Autignac :

     

    Commune d’Autignac (succursale)

    Terrain secondaire supérieur

    Nous entrons dans la commune d’Autignac par le chemin du Moulin de Ciffre, après avoir passé le ruisseau de Taurou qui sert de limite aux communes de Murviel et d’Autignac. Nous dessinions le Moulin de Ciffre lorsque nous fumes accosté par un habitant qui se fit connaitre pour le maire d’Autignac et nous offrit ses services, nous lui remîmes la lettre dont nous étions porteur pour lui et il en fut enchanté, cette lettre étant d’un de ses bons amis, et il nous emmena de suite à Autignac où il nous établit chez lui pour tout le temps que nous resterions dans cette commune. Il nous abandonna ensuite à nos recherches.

     

    Position topographique

    La commune d’Autignac est bornée au nord par celles de Cabrerolles et de Laurens, le chemin d’Autignac à La Liquière, le ruisseau de la Pataque et celui dit de la Bouldouire. A l’est  par les communes de Laurens et de Magalas, les ruisseaux de Tabernol et de Libron, ainsi que par la carrière Mégère. Au Sud par  … St Genies. A l’Ouest par la commune  de Murviel et le ruisseau de Taurou. Traversée au Nord par le chemin de Montral et des Estagnols, d’Autignac à St-Nazaire, du mas de Lanus, du mas de Reynous, d’Autignac à la Jasse des Barrals, aux Barraques, à Laurens, chemin bas du Mas de Lanus, de Saume longue, du Mas de Reynous, des chemins de service ; les ruisseaux de ?? ou de Lavallongue, de Tauroussel, des Accourals de Ribes (des accanals de Libes ???), du Mas de Reynous, du Moulin à Vent, des A ??, de la Pataque, de la Cavette, chemin dit de Tabernol, de la Bouldouire, des Peyrals, de la Devére. A l’Est, et par le chemin d’Autignac à Grézan, aux Abrassous, de la Cordonnasse, chemin dit de Fon Cerrière, chemin dit des Masquières, d’Autignac à Béziers, chemin dit de Carrierou, chemin dit des Paturals, d’Autignac à St Genies, chemin dit carrière Mégère, chemin de Coujan à Grézan, chemin dit de las Estapies ; les ruisseaux de Tabernol, de Libron, des ruisseaux et ravins sans nom. On trouve dans cette région le cimetière du village à 1000 mètres de celui-ci. Au sud les chemins de Murviel, de Cabrerolles à St Nazaire, chemin dit de la Mouline, chemin dit des Moulières, de la Bastide, carrière de Gibret, des chemins de service ; les ruisseaux de la Mouline, de Tauroussel, du Pontil, de Rounel, de  Taurou, ravins et ruisseaux sans nom. A l’Ouest, les chemins de Murviel, de la Bastide, du Moulin de Ciffre, de Murviel à Cabrerolles, chemin bas de St Nazaire, des Roques, du Moulin de Ciffre à Cabrerolles, de Barc esteve, de Taillefer, de Peyre Grosse, les ruisseaux  de Taurou, de Roques, et Saurède, de la Servance, des Combelles, de Tauroussel, de Laussier, de Combe caude, .. des ravins

    Du village, au nord : 2250m au sud : 2310m, total nord sud 4560m. A l’est, 1900. A l’ouest, 2520. Total Est Ouest 4420 mètres. 

    Population La population est de 650 ainsi répartie 191 garçons, 161filles, 123 hommes mariés, 123 femmes mariées, 18 veufs, 29 veuves, 4 militaires aux armées. Elle était de 623 en 1824 et de 432 en 1789

     

    Contenance

    Cont tot

    ….

    Cont productive

    Propriétés baties

    Terres labourables

    Près

    Vignes

    Bois

    Jardins

    Oliviers

    Après notre 1ere reconnaissance de la commune, nous revînmes chez Mr le maire qui nous renouvela ses instances pour que nous fissions nôtre maison de la sienne pendant tout le temps de notre séjour, la lettre de son ami étant des plus pressante à cet égard. Nous le remerciâmes et acceptâmes derechef. Quoique riche, cet homme était des plus simples ; de l’aisance partout mais aucun luxe ; de sa personne, il était bon, franc, sincère, d’ailleurs de la mise des campagnards. Le souper fut aimable et bon, celui des domestiques et gens de la  maison à part, et a pour base des châtaignes  dont on récolte beaucoup dans le pays. A propos de la vie de ses administrés voici ce qu’il nous apprit. Ils sont peu instruits, assez bonnes gens du reste ; les femmes et les enfants ne mangeant point à table , à peu près comme il arrive dans les lieux voisins de ces contrées montagneuses. A l’égard de nos mœurs, ce qu’en a dit le guide du voyageur est on ne peut plus exact : ses observations sur Caussignojouls  sont applicables ici et autres villages  de la contrée. Je vais vous le lire, alors il alla chercher dans une armoire un vieil étui de cuir lié par un cordon, qui paraissait s’envelopper d’une antique bible, et en sortit un bouquin conservé. Je tiens beaucoup à ce livre nous dit-il, il est vrai et franc, c’est dans mon caractère et je l'aime. Il ne nous a pas flattés ; mais il dit vrai et tous les renseignements qu’il donne sont exacts ; aussi y puisais je souvent. Voici donc ce qu'il dit de nos mœurs et de notre existence ….Caussiniojouls, qui convient parfaitement chez nous « Nous sommes dit-il confinés dans un petit village par la pluie, nous nous y hébergerons comme nous pourrons. Nous pourrons y raisonner sur des observations que nous avons faites ou pu faire dans les autres villages que nous avons précédemment parcourus. Nous sommes frappés de stupeur à la considération de l'existence étroite et machinale de ces êtres qui forment pourtant la grande majorité de l'espèce. Examinons en un peu le cercle circourant. Un jeune homme, une fille se marient,  poussée par on ne sait quelle progression ; sans savoir ce qu'ils font, sans réfléchir au nouvel état qu'ils embrassent, aux obligations nombreuses qu'ils contractent machinalement ils font une chose qu’ils ont vu faire ». Notre auteur en ... plus ici et fait naitre plus de réflexions qu'il n’en développe : il est beaucoup de choses que nous ferons encore par une sorte d'habitude moutonnière. Il en est de même des opinions et actes civiles et des opinions et actes religieux, malgré le progrès qu'on ne peut méconnaître ; mais il agit lentement sur les préjugés et ce que disait l'auteur du guide il y a 15 ans, l’est encore en vigueur maintenant et le sera probablement encore longtemps.

    Il y a plus de philosophie sous une apparence de bonhommie dans son livre que dans beaucoup de gros traités philosophiques et il y règne partout un esprit de vérité et de franchise qui m'a toujours plu. Continuons la lecture de l’article « Ils commencent (le jeune homme et la jeune fille) par grouper autour de beaucoup de rejetons ; sur le sort futur desquels il ne pense pas plus qu'il ne songe à eux-mêmes, à leurs rapports avec les autres hommes, à leur devoir, à leur bien-être, à leurs besoins ; nous en avons l'exemple sous les yeux dans cette chaumière enfumée où nous sommes, puisée au hasard parmi une cinquantaine qui forme Caussiniojouls. L'homme et la femme sont encore jeunes ; déjà de nombreux enfants fourmillent autour d’eux. Prenons en un au hasard, c'est un jeune enfant male. Ligaturé comme une momie, il est gisant dans une espèce de balançoire, où on le dandine au moindre cri, sans même le regarder et n’obéissant ainsi qu’à un mouvement machinal et habituel. Il grandit à peine couvert, ne se respectant pas plus qu’il ne conçoit devoir respecter les autres, il barbote dans la fange d'une crasse ignorance. Il tourne dans une cabane aussi sale que peu commode et étroite. Un lit reçoit père, mère, enfants. Les drapeaux du jeune âge ornent ce lieu et à côté du pot-au-feu s'en trouve souvent un autre dont l’usage est bien différent ! On n'est pas dans un pays où les ablutions sont de rigueur, aussi la crotte souille t-elle bêtes et gens. Ce n'est pas tout : le père, la mère les enfants jurent et crient à qui mieux mieux. Le petit drôle que nous examinons tourmente un chat, le martyrise, le tire par la queue, l'animal fait des hurlements : cela fait rire le directeur de ce bambin. Il est brave (par brave il faut entendre aimables gentil, spirituel tout que vous voudrez ; ainsi le veut l’usage du pays.) déjà il jure comme son père et d'une espièglerie charmante. Plus âgé, il fait plus ; vous avez vu qu'il tracassait son chat, pauvre commensal plus utile alors que lui ; maintenant, avec quelques autres de ses camarades, aussi braves que lui, il jette en l’air le pauvre animal tout vivant jusqu'à ce que les tortures qu'ils lui font endurer l’aient  entièrement privée de l'existence. Tout le monde voit cela, n’ayez pas peur qu’on dise rien, c’est … Notre polisson s’élève ainsi jusqu’à 15 ans ; Il ne sait probablement pas lire ; car 1 sur 30 reçoit l'instruction dans le département, et c'est particulièrement dans les populations nombreuses. Admettons toutefois qu'il y ait une école primaire, nous savons ce que c'est, nous les avons vues, ainsi que les maîtres qui les dirigent : il apprendra à lire à peu prés couramment et peut être à signer son nom mais ne lui demandez pas de saisir ou former quelques rapports : instruction machinale, ils font mutuellement ce qu’ils voient faire aux autres, et jamais aucune rectification n'est le fruit de leur jugement. Il y a longtemps qu'il travaille aux champx et le temps de l'étude lui est reproché. Le voilà donc arrivé ignorant, au moment des passions fortes, contre lesquelles il ne sera point armé et qui l'entraîneront dans tous les désordres d'une ignorance brutale !.. Le voici homme, et il nous reste à considérer sa vie dans ce dernier état. Le voilà marié, entouré, peut-être, d'une femme acariâtre, qu’il lui faut battre souvent, d'une foule d'enfants dont il fait des malheureux ; se nourrissant à mal, se levant à la pointe du jour, travaillant à l'injure du temps, ne rentrant que pour se coucher ; continuant ainsi une misérable et éphémère existence quoiqu'elle soit prolongée au-delà des bornes ordinaires de la vie humaine. Et voilà, chez une des nations les plus policées, l'existence de la majorité de ses membres. Que penser des autres nations qui se trouvent dans des circonstances moins favorables ? Vous qui aimez à méditer, je vous laisse ce chapitre ; et vous philanthropes affligeons nous ensemble sur la misérable condition humaine ! »

    Que pensez-vous de cet article ? Quant à moi il m'a entraîné par sa vaine vérité. Il est un peu trivial peut-être ! Je le trouve exact ; c'est absolument vrai. Le style est celui qui convient et la philosophie en est ... Et si Fénelon lui-même, si au lieu de prendre des êtres imaginaires pour servir d'exemple aux autres, eut voulu peindre les mœurs des classes pauvres est inférieures de son époque, eut il pu employer le style fleuri qui distinguait son Télémaque. Le mérite d’un écrit, est d'être approprié suivant moi, au sujet qu'il traite.

    Cependant on a beaucoup critiqué le style du guide ? C'est à tort, on ne l'a pas compris, ou poussé par la mauvaise foi on n'a pas voulu le comprendre. J'ai beaucoup lu ce livre et y ai remarqué des sentiments généreux, exprimés avec une naïve sensibilité, des descriptions exactes et bien senties). J'en ai marqué plusieurs dont je vais vous donner connaissance.

    Voyez d'abord la description du Pas de l'Escalette, n'est-elle pas pleine de mouvement et de vérité ? Je prends une de mes indications au hasard, j'y lis : « Avant d’arriver à la grotte (... ) nous savons pu nous reposer au mas de l’arbousier, qui en est voisin ; on y trouve de bonnes gens et si nous sommes accompagnés du bon guide ..., nous sommes en société patriarcale ». Cette citation prouve que l'auteur du guide ne s'est pas plu à décrire le pays et ses habitants. Plus loin, page 49 « Je ne quitterai pourtant pas le village sans rendre hommage à la complaisance tout aimable de M. Jean André, et sans souhaiter aux curieux qui iront visiter ce pays de l’y rencontrer encore.

    Plus loin nous lisons (page 64), il est ancien (St Genies) : il fut pris par Jacques de Crussol en 1575. Je ne parle de cela que pour légitimer son ancienneté ; autrement je me suis abstenu et je m’abstiendrai autant que possible, dans cet extrait de parler de faits ayant trait aux guerres civiles, de déplorable mémoire ».

    Toutes ces phrases ne prouvent t-elles pas de beaux sentiments ? Et le style mérite-il les … autant que ridicules qu’on a faites du guide.

    Page 65 « Le château était avant un couvent ; on en changea la destination à cause d'une petite aventure arrivée à l’abbesse et à plusieurs sœurs : c'était un enfantillage » ! Peut-t-on exprimer plus gentiment une aventure croustilleuse ; et ne devait-on pas en savoir gré à l'auteur. On aurait voulu qu'il n’en parlât pas ? Mais la franchise et les droits et la nécessité d’un auteur ! Quant à moi  cette … m’a beaucoup fait rire et l’article …  Page 72 je trouve des réflexions pleines de sens et de vérité. Page 89 des éloges au maire … pour sa bonne administration. Toujours l’auteur du guide profite de toutes les occasions de faire ressortir les avantages et les qualités du pays et de ses habitants. Est-ce … à lui s'il n'a pas toujours eu des louanges à adresser ?

    Page 97… dans une grande maison ; hospitalité chez un pauvre paysan (..) qui à peine a du pain pour lui

    page 97 on trouve une obligeante hospitalité chez la pauvre veuve à qui elle appartient (..) - Toujours la même sensibilité et vous ne voulez pas que j'aime l'esprit du guide ! Nous trouvons le même esprit page 121 "nous voyons ici un exemple de la faiblesse humaine : malheureux que nous sommes sans cesse abusés, nous revêtons du caractère de la vérité les phantômes créés par notre imagination, que nos intérêts ou nos désirs aveuglent ! Ici une pauvre femme nous supplie de lui rendre son fils, que la conscription a atteint ; elle n’a que lui pour l'aider à soutenir son mari vieillard et devenu infirme. Nous la plaignons une mère est toujours respectable dans son affection maternelle, et nous regrettons de ne pouvoir l'obliger !

    page 122 nous lisons : ... Nous montons au village, la côte est longue et raide. Nous y trouvons une auberge de village, un bon vieillard en est le maître, c’est le bon papa Causses ; nous sommes bien : nous trouvons dans le petit-fils de ce brave homme un enfant superbe d'une chevelure charmante ; tête angélique, vraiment digne des pinceaux de Raphaël » Nous voyons toujours que l'auteur se plaît à donner des louanges à tout ce qu'il trouve de bien ce qui donne un démenti formel à ses détracteurs.

    Page 124 nous passons bien des choses, nous citons ce qui suit pour faire voir que le même auteur ne néglige aucun détail. «si c'est au temps des vers à soie, un voyageur, étranger à cette sorte d'industrie familière à ces cantons, sera enchanté de l'éducation de ce petit animal si merveilleux si utile. Il verra avec intérêt les soins et l'adresse avec lesquels on dispose les ... où les verts se nourrissent, s’accroissent pour ainsi dire à vue d'œil et pratiquent leur tissu délicat. L'action de ramasser les cocons, de les préparer ne l'intéressera pas moins, ainsi que leurs ingénieuses machines que la vapeur fait mouvoir et qui servent à dévider et mettre en écheveau la soie qu’on en retire. »

    Nous observons ainsi que le style du guide n'est pas aussi négligé ni aussi grotesque qu'on a voulu le faire croire. Le style quoique franc, est en général approprié au sujet, et souvent facile et correct. On l’a mal compris. Vous flattez un peu l'auteur ? Je ne le crois pas ; mais au reste je l’aime ; au moins son livre ; car pour l'auteur,  je ne le connais pas, et désire toutefois ardemment de le connaître.

    Page 133 ... « … paraissent faits l'un pour l'autre ; le pic de St Loup y affecte surtout une forme singulière : il fait le fier, il s'isole : que de gens lui ressemblent !..» J'aime ces saccades philosophes !

    Page 139 une description de course de taureau on y trouve encore indiqué le vif désir de l'auteur de voir l'espèce humaine marcher vers la perfection et secouer le joug de vieilles routines et de préjugés. Je trouve cet article plein de mouvement et de sentiment. Oh ! mais si vous désirez connaître l'auteur du guide, il serait également heureux de votre connaissance, vous le traitez si bien.

    Page 166 description de la charrue du pays. L’article finit ainsi : « si la charrue est légère le cultivateur n'en a pas moins de peine car il est exposé à un soleil brûlant. C’est une pauvre existence que celle des habitants de nos campagnes ; heureux encore qu’à présent, en général, sous l'influence d'une administration raisonnable, ils versent leur sueur dans le petit champ qui leur appartient ; ils n'en sont guère plus riches ; mais au moins ils travaillent de meilleur coeur». A entendre les détracteurs du guide, son auteur était l’ennemi de tous et disait du mal de tous et c'était quand on avait le livre dans les mains qu'on disait cela ; aussi les critiques étant ineptes sont-elles tombées dans l'oubli.

    Page 170, encore une étincelle philosophique à propos d'une église devenue charnier.

    Page 197 après une description, on lit : «tout ce pays est encore plein de ces règles de féodalité et de guerre civile. Comme philosophe et peintre, on est fort content de rencontrer de ces châteaux en ruines ; comme philanthrope, on est fâché qu'ils aient existé».

    Page 216.. « Tant il est vrai que la place fait singulièrement ressortir l’objet qui l'occupe ! » Je n'en finirais pas si je lisais tout, je prends mes indications au hasard.

    Page 221 description du palais de justice de Montpellier….. là, privé de la liberté gémissent des infortunés, malheureux s’ils sont innocents, malheureux s’ils sont coupables. Ici je vois une idée profonde.

    Page 229 description de l'hôpital et des enterrements qui s’y font,  l’article est fort ; mais c’est vrai et je ne connais que la vérité !

    Page 239 une horrible mauvaise foi et une impertinence … de la part des détracteurs du guide - la critique disait : l'auteur ne parle point des lanternes, il a de bonne raisons pour cela, peu de mots aussi plat que mal appliqué ; car l'auteur du guide est un honnête homme, il n’a qu'une voix pour cela et non un homme de corde. L'auteur avait dit : « Montpellier avait des lanternes en 1695. Les réverbères y furent mis en place le 9 octobre 1769. L'auteur de l'article s'imaginait sans doute qu'on ne lirait pas le guide après avoir lu sa diatribe. J'avoue que cette perfidie m’a indigné ; et l'auteur n’a pas répondu ? Au fait il a eu raison il ne fallait que du mépris pour de semblables sottises.

    Page 282, à propos du dépicage du blé l'auteur du guide profite de cette circonstance pour citer des vers à ce sujet et donner des louanges à leur auteur. J'ai toujours remarqué qu'il n'avait jamais laissé échapper l’occasion d’en agir ainsi, ce qui confirme la mauvaise volonté des critiques.

    Page 288 une description agréable de la Valette, je l'ai trouvé très exacte…

    Page 301 encore une louange à un auteur de Montpellier.

    Page 311 ici si l'auteur du guide est avec les mauvaises intentions qu'on lui a prêtées, il avait une occasion d'exercer un esprit satirique ; Mr de Millau( ???) dont le livre a été applaudi n'a pas gardé la même circonspection au sujet du personnage qu’on eu pu faire figurer à Grabels, son article de St Georges en fait foi. Mais l'auteur des voyages dans le département de l'Hérault était du pays et celui du guide avait le malheur d'être étranger…. Nous sommes .. préventif sur ce chapitre.  

         page 324 Au lieu de se servir de l’adage

    Urbs nigrum

    Spelonca labo…

    Appliqué à Agde, l'auteur du guide adresse des mots flatteurs aux habitants..

    Page 337 on trouve encore ici la répugnance de l'auteur du guide pour tout ce qui n'est pas généreux, dans sa petite aventure avec le moine mendiant.  Cette anecdote est vraie nous en avons eu la certitude dans le pays.

    Page 383 description des roches de l’Orque,  terminée par ce ces mots : « on se trouve ici tout autre. Tout s’y fait différemment ; l’air y est plus pur ; on y respire librement, on est en extase, on n’est plus le même ! Philosophe admirateur de l'éternel et de ses sublimes travaux, c'est là qu'il faut porter tes profondes méditations ; là tu élèveras vers le ciel des regards faits pour le considérer, et les pensées sublimes qu’il t’inspire, plus grand bienfait que tu reçus de lui. Et l'on a dit que l'auteur du guide n'était pas religieux ; mais c'est là la vraie religion.

    Page 435 encore ici une preuve des dispositions bienveillantes de l’auteur, dans la citation qu’il fait des hommes recommandables d'Alignan-du-Vent.

    Page 444 il faut lire la description du Larzac et l'épisode du gendarme qui suit le curieux à distance et ne le quitte qu'après l’exhibition du passeport ; ainsi dit le guide, que le portier des affaires aux trois voix menaçantes, qui s'apaisait quand on lui avait jeté le gâteau propre à l'assoupir !

    Page 449 la description vraie et pittoresque de l'Escalette, nous l'avons déjà indiqué. L'auteur continu « le chemin est sauvage excessivement difficile et l'on serait tenté de le croire le chemin du diable si l’on n’y trouvait une croix !

    Ce guide, suivant moi, fourmille de naïf et de piquant...

    Page 459. Ici un trait de ... à propos des fortes parties de balle qui se faisaient à Canet : « il s'y en faisait des parties considérables il ne s'y fait quasi plus rien : on est toujours forcé de regretter le temps passé ! » L'auteur du guide croit au progrès et moi aussi.

    Page 460 il faut lire la description des dolomites de Mourèze et ce que l'auteur dit de bienveillant pour des paysans jadis soldats. Je ne vais qu’indiquer rapidement, je ne veux point abuser de votre complaisance.

    Page 470 je ne peux pourtant résister au désir de vous lire ceci : nous y arrivons un dimanche, nous sommes entourés et suivis par la foule ; ce ne sont plus ici des enfants, c'est toute la population. Ne devant rien faire, ils perdent un temps dont ils ne connaissent pas le prix et font souvent force sottises. En effet, quel est l'emploi de leurs dimanches ? S'ils vont à l'office divin dans toute sa plénitude, ils y passent au plus 4heures et demi sur 14heures, durée moyenne du jour, il reste 8heures et demie pour faire des sottises : 1er  ne rien faire ; 2eme  aller au cabaret, et par suite se griser, se disputer, se battre, manger dans un jour la nourriture de la semaine de toute la famille. Et voilà le dimanche de nos paysans. Cela est vrai à la lettre comme vous le verrez demain, et malgré mes bonnes intentions, je n'ai encore pu corriger cela.

    Page 498. Encore une apostrophe contre le bon vieux temps : «... Quand on pense au grand nombre de choses utiles et du plus haut intérêt laissées en arrière. On ne peut que s'écrier :

    Mais à quoi s'occupait-on donc dans ce bon vieux temps si vanté par plusieurs ?

    Toujours le même esprit. L'auteur du guide voudrait la perfection, et entend mieux l'esprit de la création que ceux qui font un métier devront le faire connaître.

    Ha ! Ça ! Mais mon cher Monsieur, vous êtes presque aussi taquins que l'auteur du guide. Je m’en fais gloire, j'approuve tout à fait ses intentions.

    Page 502 réflexions philosophique sur le passage des générations qui ne laissent aucune trace. Partout l'esprit méditatif perse, on voit que l'auteur manie facilement le calcul. Enfin, j'ai remarqué Saint-Chinian page 515 Olargues (p529) pour des réflexions toujours dans le but du bonheur et du perfectionnement des masses. La description du pont du martinet page 525 est pleine de feu. Le portrait du maître d'école de …. est piquant, c'est presque celui du notre que nous visiterons : au reste comment les traitons-nous nos maîtres d'école rétribuée et honorés à peu près comme des manœuvres, nous les avilissons encore ; ils doivent chanter au lutrin et battre la caisse dans le village pour annoncer les moindres actes administratifs. Le plus glorieux de leur emploi c’est d’étre greffier du conseil municipal. C'est encore une chose que je n'ai pu faire, d'améliorer leur sort, et par suite l'instruction. L'auteur du guide a raison sur bien des points ! J'ai omis bien des endroits marqués, mais j'ai trouvé... quant à moi, bien des endroits intéressants dans le guide et il m'a plus d'autant plus que j'ai éprouvé en voyageant qu’il était dans la plus exacte vérité !.. Son calcul de l'âge du monde par la formation des stalactites (page 575) est un raisonnement ad nominem, je ne sais pas trop ce qu'on pourrait répondra cela. Enfin les observations sur les 4 arrondissements qui terminent le livre, valent seules tout un livre...

    Vous avez traité l'auteur du guide avec trop de bienveillance et trop de bonté pour qu'il reste plus longtemps à garder l’incognito, cet auteur c'est nous-mêmes et si nous avons jamais éprouvé une vive satisfaction, c'est en cette circonstance où nous avons été traités d'une manière trop honorable pour le mérite de la … qui nous doit le jour ; recevez donc les remerciements sincères d'un coeur pénétré et ne nous faites pas connaître, nous tenons toujours à faire nos excursions sans être connu. La main sur l’auteur, je vous suis acquis, et ne vous quitte plus tant que vous resterez dans notre commune.

    Monsieur le maire, je n'ai point trouvé dans mes recherches le premier maire de votre commune depuis la création de ces charges en 1693. J'ai seulement vu qu’un nommé Charles CURE était maire alternatif … triennal en 1752. Il avait été nommé le 2 avril et sa rétribution était de 32( ?) rente, comme vous savez de la somme qu'il avait due déposer. Et que votre village fut pris par les religionnaires en 1569

    Autignac est à 95 000 m.. de Montpellier, 19 000 m de Béziers et 8000 m de Murviel. Sa traversée du nord au sud et de 240 m(ou 260 ??) et de l'Est à l'Ouest de 240. Son histoire n'a rien de remarquable. L'église est petite, mieux à l'extérieur qu'à l'intérieur, décorée comme nous avons déjà eu l'occasion de l'observer pour d'autres églises, d'une manière peu conforme à la majesté du lieu. Nous avons bientôt visité le village qui quoique vieux, ne présente rien de bien pittoresque. Nous nous mettons en route avec notre hôte si favorablement disposé pour nous, pour faire quelques promenades dans les environs, et nous dirigeons d'abord vers l'ouest, voici l'itinéraire de notre première journée : nous suivons le chemin de Peyre Grosse, jusqu'au ruisseau de Tauroussel dont nous parcourons les bords jusqu'au chemin de Murviel, ces bords sont accidentés et nous offre de l'aliment pour l'album ; nous arrivons jusqu'aux bords du ruisseau de Taurou, également accidentés et pittoresques, nous le remontons causant et devisant, jusqu'au Moulin de Ciffre, où nous déjeunons. Toute la partie explorée est montagneuse et agréable à parcourir, favorisés que nous étions par une journée magnifique. Nous traversons ensuite le ruisseau de la Servance et remontant le Taurou, nous arrivons au chemin de Saint-Nazaire, par lequel nous rentrons à Autignac par monts et par vaux. La promenade a été fort agréable ; la région parcourue nous a offert de nombreux paysages et de belles vignes, ainsi que des terres labourables. Elle est montueuse et très coupée de ruisseau et ravins.

    En vue du village nous nous  arrêtons pour dessiner. Ce groupe de maisons quoi que peu pittoresque, offrait un effet agréable au soleil couchant. Le maire tout en nous regardant, nous dit qu'il avait invité le curé, brave homme au fond malgré l'influence de la robe ajouta-t-il. Nous étions à jouir d'une conversation agréable et franche lorsqu'un étranger d'une quarantaine d'années d'abord avenant, s'approcha pour nous demander si le bourg qui se présentait à nos regards était Murviel, sa physionomie était étrangère, son accent pourtant fort bon. Nous apprîmes de lui, qu'il était Italien, appartenant par ses fonctions aux ponts et chaussées et voyageant pour connaître le midi de la France et en particulier les travaux d'art du beau canal des deux mers. Je me disposais dans mon excursion à aller coucher à Murviel, je me suis égaré et en baguenaudant, je me suis ainsi à ce qu'il paraît, assez éloigné du but de ma course d'aujourd'hui. Vous en êtes en effet assez éloigné, puisque l'on compte 8000 m d'Autignac, où nous sommes, à Murviel et il est assez tard pour que je vous engage à ni point aller ce soir, fatigué que vous devez être. Il est vrai que sans m’en douter, j'ai fait du chemin et m'en ressent assez à présent que je me suis arrêté. Je vous offre dont Mr. un lit et ma table, pour tout le temps que nous pourrons vous garder avec nous dans l'espoir que vous voudrez bien accepter ma proposition. Je l'accepte avec reconnaissance. La conversation qui s'engagea nous fit reconnaître dans cet étranger un mérite peu commun et une aménité toute française. Le souper fut agréable.Le curé bon réjoui (?), savant comme ils sont en général, fut assez gai au départ, la conversation s'anima, elle devint vive entre le voyageur et le curé, et nous écoutâmes le voyageur penser de l'instruction en ces derniers temps et de la direction générale de la société. Le curé … on se croit savant et l’on cherche la science où elle n'est pas ; et ne la cherche pas dans la seule source où elle se trouve. Le voyageur et quel est ce livre - le curé, c'est la Bible, tout est là, hors cela, tout est hors de la bonne voie. Le voyageur : Il n'y avait pas de géomètres, de physiciens de chimistes. Dans ces temps, toutes ces gens là sont hétérodoxes et leurs vaines sciences des connaissances diaboliques. Le curé : vous l'avez dit. Le voyageur : et par conséquent toutes les inventions qui sont le fruit de ces connaissances sont contraires au salut. Les chemins de fer, les machines à vapeur, l'imprimerie, les mécaniques de tous ordres, les aérostats, sont autant de moyens de perdition. Le curé : à peu près.  Du temps des patriarches, du temps des apôtres, on ne savait rien de tout cela et l'on allait au ciel. Satan fait des progrès tous les jours, et il n'a inventé la presse, que pour nous inonder de tant de mauvais livres qui nous pervertissent l'esprit et le cœur. Le voyageur : cela est vrai ! Mais comment faire pour nous préserver de cette damnable propension. Le curé : écouter les pasteurs, brûler les œuvres de ces damnés de Voltaire, de Jean-Jacques Rousseau, de Diderot, de ... Le voyageur (se si prio), ajouta-t-il à demi voix, ce qui nous fit rire. Le baron d’Holbach, Dupuis et tous les géomètres qui ont donné un démenti formel à la Bible. Le curé : oui. Ajoutez tous ces damnés qui ne vont ni à messe ni à confesse, et qui passent ce temps à barbouiller le papier, d’écritures ou de chiffres. Le voyageur : laissons les en paix, et attendons tout de la science et du zèle de tant de pasteurs vénérables et instruits, qui, si bien marchent sur les traces des apôtres (almeno quanto alla scienza au moins autantà la science) dit-il encore à demi voix. Mais M. le curé puisque nous sommes sur ce chapitre quelle est la meilleure morale de l'univers. Le curé : qui en douterait ? C'est la morale de notre sainte religion ! Le voyageur : la morale est simple en soi, elle est intellectuelle, elle échappe aux investigations matérielles. Aussi les ministres des fausses religions sont-ils si orgueilleux, si désireux d’accumuler les honneurs, les titres, le luxe ! Il leur faut des princes, une hiérarchie, de l'influence de toute espèce sur les peuples. Il leur faut des moyens de s'approprier tout cela, et de là les inventions de tout genre, pour fasciner les yeux, les pratiques singulières, les grimaces, et le commerce de ces mêmes inventions ! Rien que cela fait voir que ce n'est point là, la religion de Jésus-Christ.  Si ami de l'égalité puisqu'il voulait que les hommes fussent frères, et qu'il choisit ses disciples parmi les plus pauvres et les plus simples des hommes !... Le curé ne répondit pas et prit bientôt congé. Il était saisi dans ses... Lorsqu'il fut sorti, nous vîmes beaucoup de son embarras et de la petite mystification qu'il avait bien méritée du reste. Le voyageur : j'ai peut-être été entraîné un peu loin ; mais vous avez vu quelle guerre il a fait aux connaissances humaines et je m'occupe de leur étude, j'étais donc en cause, et force fut à moi, qui aime la science, de me défendre un peu. Vous avez bien fait ; c'est du reste un bon homme, fort simple et cela ne l'empêchera pas de dormir en pensant à son prône de dimanche prochain. Monsieur le voyageur dimes nous, plus nous vous regardons, et plus il nous semble vous avoir vu en Piémont, nous y étions en 1812,1813 et 1814. Il nous regarda et dit, j'y étais également et alors par le fait des circonstances faisant partie des troupes du génie. Alors, si vous suiviez les cours, j'étais votre professeur. Le voyageur : je vous reconnais maintenant, les armées (années ???) marchent et avec elles des changements, vous êtes mon bon professeur, que je vous embrasse ?

    Vous rappelez-vous du sonnet que vous avez composé pour moi, qui établissait un parallèle entre le Tibre et la Seine, si avantageux à cette dernière, dans ces temps de gloire et de grandeur. ! ! J'en ai une légère souvenance, ce sonnet était bien, je l’ai encore, et je regrette de ne pas pouvoir vous le rappeler textuellement. Voici ce sonnet retrouvé plus tard. Qu’êtes-vous devenus depuis la malheureuse époque de 1814. Elle a été heureuse pour moi et pour plusieurs de vos anciens élèves. J'ai repris mon titre, peu de fortune ; mais j'ai profité de l'instruction presque entièrement acquise à l'école du génie, et ai fait mon chemin dans les ponts et chaussées, où je suis honorablement placé. C'est à notre tour de vous embrasser. Je voudrais savoir tous mes élèves aussi bien et aussi instruits que vous. Il se retira dans sa chambre et lorsqu'il fut parti, restant avec le maire qui n'ont plus que nous, n'était pas pressé de se coucher, nous lui dimes : à présent que je connais cet aimable voyageur, je suis surpris qu'il ait été si circonspect dans sa discussion avec votre curé et vous allez le penser comme moi lorsque je vous aurais raconté une anecdote affreuse, arrivée dans sa famille que ne … le temps et l'instruction !

    Son père était le comte de P...i, d'une famille autant recommandable qu'elle était noble. Deux prêtres étaient familiers dans la maison, comme c'est l'usage habituel d'Italie. S'étant épris d'amour pour la comtesse sa femme ; personne charmante, ils s'entendirent pour lui faire des propositions qu'elle reçut de manière à les faire rentrer dans les bornes dont il n'aurait pas dû sortir ; mais elle avait affaire à des hommes qui ne pardonnent guère, aussi se déterminèrent ils à une vengeance digne de deux scélérats et voici comment il l'accomplirent : ils entrèrent un jour, comme c'était facile pour eux à cause de l'habitude qu'on avait de les voir, et de l'espéce de vénération qu’on portait à leur robe, allèrent trouver le comte dans son cabinet, dans un moment où les domestiques étaient éloignés, ils n’excitaient d'ailleurs aucun soupçon, la comtesse n’ayant rien dit de leur insolence et comptant que, honteux de leur conduite, ils feraient tout pour la faire oublier ; étant donc seul avec le comte ils le poignardèrent, et revinrent ensuite trouver la comtesse auprès de laquelle ils essayèrent d'employer la violence pour arriver à leur dessin coupable ; les cris de cette dame ayant averti les domestiques, les deux scélérats profitant encore de leur robe et employant une mensonge parvinrent à s’échapper, et ne furent point pris. Il était si facile alors aux gens de cette robe, de se tirer d'embarras. Le comte était mort de ses blessures, et l'homme que vous avez chez vous, très jeunes enfants encore, fut nourri dans la haine bien légitime pour les scélérats, assez commun malheureusement, auquel il devait la mort d'un père dont il commençait à connaître les vertus. Quelle chose atroce. Elle n’est que trop véritable. Il y a bien du temps de passé mais comment un fils peut-il oublier un aussi grand malheur et avec des circonstances si affreuses.  

    Le lendemain nous sortîmes de bonne heure avec notre bon ami le maire, pour nous promener dans les environ, nous avions dirigé notre promenade vers le nord, en suivant le chemin d'Autignac aux baraques jusqu'au ruisseau de Tabernol, nous en suivîmes les bords jusqu'au torrent du Libron, et revînmes à Autignac en suivant le chemin dit des Masquières, celui de Coujan à Grézan jusqu'au cimetière éloigné du village d'environ 1000 m. Nous nous disposions à rentrer à Autignac en suivant le chemin dit de Carreirou, lorsque nous rencontrâmes le curé et le voyageur se promenant de la meilleure intelligence, le bon curé n'avait pas compris le sens des paroles de la veille, et tant mieux. Nous rentrâmes ensemble, et au déjeuner le curé qui le prenait avec nous, repris avec le voyageur instruit la conversation qui probablement avait fait le sujet de leur entretien dans leur promenade du matin. Le voyageur : suivant moi, une religion est une sorte de pacte qui a pour but d'établir des relations entre le créateur et la créature, et de concilier les bien faits de l’un avec la reconnaissance de l'autre ; or comme l'intention est réputée pour le fait je demeure convaincu, qu’aucun culte n'est désagréable au Seigneur. Je suis mes réflexions : il y a un grand nombre de religions, parmi elles, nous admettons qu'il n'y en a une et une seule de vraie, celle-là est divine, d'où je conclus que les autres sont de création humaine ; mais je pense que quelque soit la religion, le législateur qui la conçue a eu un but louable, puisqu'il a eu celui de diriger la reconnaissance des hommes vers leur créateur, vers un objet unique et par conséquent de réunir les hommes, comme frères d'une même famille dans l'amour commun réservé aux grands êtres, et de les rendre ainsi propres à vivre en société, intention manifeste de la création.

    Dans mon opinion, toutes les religions renfermaient dans ces bases, sont donc agréables à Dieu, et la tolérance réciproque doit être la base de l'opinion des sentiments divergents.

    Le curé : j'admettrai volontiers vos raisonnements, s'ils n'étaient contraires aux idées qu’on m’a inculpées dans mes études théologiques, et avec lesquelles je suis complètement identifié, je n'oserais jamais croire que la maxime, non l’église point de salut, suivie dans la vraie religion, ne soit pas une vérité incontestable. Le voyageur : je poursuis si vous le permettez, dans toute religion, il existe deux parties distinctes l'une intellectuelle qui regarde l'espoir de l’âme pour une autre vie, et l'autre, qui est temporelle, et qui regarde les devoirs mutuels des hommes entre eux. Cette deuxième partie, est même le résultat de l'application de la première puisque c'est à son observation qu’est attachée la progression de ce qu'elle promet. J'observerai avant de passer outre, qu'aucune religion, même chez les peuples idolâtres et sauvages, n'est désagréable au grand être, qu'elles sembleraient même lui être indifférentes, puisque les bienfaits de la providence infinie s'étendent sur tous, et qu'il paraîtrait même que ses bienfaits sont répartis avec plus de libéralités aux nations les plus ignorantes et les moins avancées en civilisations et par conséquents sous le rapport de la morale et de la religion, car mon esprit et mon coeur se refuseraient à penser que la puissance suprême, remettrait à une autre vie, à punir les hommes de ce qu’ils n'ont pas suivi une loi qu'ils ne pouvaient connaître, et même dans le cas où il y aurait infraction. Je ne saurais admettre de sentiment haineux et réfléchi, dans le principe de toute bonté. L'ordre de mes réflexions me porte à considérer maintenant les religions divines et humaines, sous deux nouveaux points de vue : les religions fausses et la religion vraie qui ne saurait être qu’unique. Et j'examinerai d'abord, comment les religions fausses ont pu s'établir. Dans l’enfance des sociétés il n'y avait point de religion proprement dite, et les pratiques religieuses se bornaient en prières vagues, ou pour remercier le principe du bien, ou pour apaiser et conjurer le principe du mal qui pouvait ou satisfaire les humains, ou les écraser sous le fait de mille maux. Ces deux principe ont été reconnus chez les plus anciens peuples et comme le mal était hideux, le principe qu’un supposait y présider était également hideux ; de là les superstitions des peuples ignorants et primitifs qui donnaient à leurs dieux, ou plutôt à ce principe inconnu qu’ils imaginaient sans le comprendre, des formes bizarres, fantastiques et presque toujours affreuses. Il semble même que, dans les premières sociétés c’était moins un principe de bien qu’on ne craignait pas, ou qu'on redoutait peu, qu'un principe du mal auquel on rapportait les maux et souffrances suite nécessaire des conditions d'existence de notre frêle espèce qu’on adressait des vœux et pour lequel on formulait un culte. Plus tard, lorsque les sociétés, plus nombreuses, plus civilisées ont apparu, des législateurs se sont élevés de leur sein et ont fait des lois pour asservir chaque individu à la règle qui devait servir au bonheur ou au bien être de tous. Le législateur dut ne pas tarder à reconnaître l'insuffisance de la loi humaine, et y opposa la loi divine, principe de la religion, qui appauvrissant les esprits faibles et timorés sous l'influence d'une vie expiatoire inévitable, les disposait à se plier plus facilement au Code civil. Cette même loi fut d’abord exécutée par le pouvoir civil, et le chef de la nation, était aussi le chef de la religion. Plus tard, la complication des rouages nécessita la séparation du code religieux et du code civil, une partie du pouvoir tomba sans partage sur les prêtres, qui comprenant tout ce qu'il pouvait résulter d’avantageux pour eux de cette domination des consciences, s'exercèrent à en étendre les effets ; en en formulant les bases ; de là la naissance des religions, et de la puissance du sacerdoce qui s'appuya sur une base de bronze, fondée qu'elle était sur l'ignorance et la faiblesse de l'esprit humain. L’histoire le proclame, le pouvoir civil reconnut sa faute, essaya souvent de la réparer. Mais la lutte était devenue inégale et le pouvoir des prêtres prévalut, appuyé qu'il fut toujours sur une confiance et une crédulité sans bornes de la part des peuples. Se voyant affermi, le sacerdoce, devenu une..., voulut en assurer les effets en frappant les esprits, de là les cérémonies religieuses, les rites, les expiations, les augures, les pièges de tout ordre tendus à la faiblesse et à la richesse humaine pour augmenter ce pouvoir et enchainer plus fortement les nations, devenues bien indignes de leur création. De là les hiérarchies, les honneurs, les richesses que les prêtres créaient et accumulaient si facilement et si prodigieusement, et de là l’admiration des peuples pour le prestige de ces hommes devenus grands parce qu’il était devenu petit, qui les dirigeait par des moyens surhumains vers une hypothèse surhumaine et vers la promesse d’un bonheur sans fin dans une autre vie, pour la possession duquel aucun sacrifice en ce monde ne devait être omis et qu’on devait acheter par une soumission aveugle et une complète abnégation de soi-même. L’histoire est encore là pour prouver les exigences du sacerdoce, et les concessions infinies des peuples ; elle est là pour prouver l’appauvrissement des consciences devant le pouvoir des prêtres, appauvrissement qui a rendu tant d’individus égarés ou ensevelis dans une crasse ignorance, ou devenus féroces  et portés au crime par l’altération de sentiments religieux mal compris ou mal … De là enfin, l’oubli complet de la tolérance si aimée des hommes et les poignards dirigés sur des frères dont le seul tort était d’avoir une direction différente dans leurs idées religieuses. Que de crimes cette intolérance inhumaine et ennemie de Dieu, n’a-t-elle pas fait commettre, et que de meurtres les prêtres n’ont-ils pas à se reprocher. Toutes ces religions fausses, eurent des autels ensanglantés, et souvent leurs prêtres eux mêmes étaient armés du poignard. Je laisse retomber un voile épais sur ces atrocités dont le souvenir fera gémir longtemps la malheureuse espèce humaine, elle regrette d'avoir été entraînée à en soulever un coin. Toute religion fausse est un tissu de pratiques superstitieuses, inventées par les prêtres au nom d’un dieu inconnu, dans le but d’asservir les humains, d'accumuler les honneurs, les richesses, tous les biens, toutes les commodités de la vie, de se créer enfin une puissance dont les actes et les effets sont tous temporels. Il n'est aucun inventeur de religion qui n’en ai reçu la mission de Dieu lui-même, qui a manifesté sa volonté suprême par des actes surnaturels ; il n'en est aucun qui n'ait vu Dieu face-à-face et n’ait prouvé son mandat par des miracles, seuls moyens d'en imposer à une masse aveugle et épouvantée. Il n'est aucune fausse religion, qui n’ait ses jongleries, son commerce de ... sanctifiées, devenus de salutaires préservatifs. Il fallait lier les hommes, et les moyens n'ont pas manqué et aucun n'a été négligé. Mais ce n'est pas tout. Rien ne se fait pour rien quand il s'agit de l’être grand, puissant, magnifique par excellence de l’etre possedant tout. Tout s'est fait payer jusqu'aux actes les plus minimes de la création des prêtres ; il fallait toujours avoir l’argent à la main, à la naissance de l’enfant, pendant sa vie, à sa mort, et même après sa mort. Aucun acte humain n'était valable sans l'intervention du prêtre qui présidait aussi bien à la paix qu'à la guerre, et donc les autels fumaient pour armer les frères contre les frères au nom de l’être bon par excellence. Il y a plus... que chacun avait son dieu, qu’il croyait plus fort que celui des autres, et qu'il implorait par des crimes odieux qui ne différaient que par le plus ou moins de barbarie ! N'est ce pas la... d’une religion fausse ? Le curé : ce que vous dites est vrai pour les religions fausses ! Oui malheureusement les ministres de ces religions ont abusé trop souvent la confiance des humains. Le voyageur : ajouter qu’à tous leurs moyens d'investigation, ces prêtres ont toujours ajouté.., et que la 1ere injonction à leurs adeptes, est une confiance aveugle, une foi vive et entière, sous les peines d'un supplice éternel. De père en fils cette conviction se propageait et les pauvres humains étaient ainsi à leur insu et dans la meilleure foi du monde jetés dans des erreurs contraires. Tout ce qui leur avait appris leurs prêtres était vrai, tout ce que proclamaient ceux des autres nations était une erreur damnable ! Étaient-ils donc si coupables ceux qui étaient sous l'influence d'une fausse religion ?

    Nous venons de voir ce qui constitue une religion fausse quelle qu'elle soit. Examinons à quel caractère un homme indépendant de tout asservissement religieux, de toute jonglerie mystique, qui appelle à son secours la raison étincelle divine, donnée à tous mais malheureusement parasité chez le plus grand nombre, examinons dis je à quel caractère un homme semblable peut reconnaitre la religion vraie, la religion vraiment sainte ? Ce n'est pas dans la vision céleste des prêtres qu'il le cherchera non plus que dans leurs extases, leurs ..., leurs miracles, leurs martyres ; car toutes les religions ont eu leurs visions divines, leurs extases, leurs miracles, leurs martyrs ! Mais c'est dans la morale qu'il cherchera la véritable preuve divine de la vraie religion. Cette morale doit être pure, simple, propre à rendre les hommes frères et à préparer et consolider leur bonheur, et cette morale est celle du Christ. Quoi de plus simple ? Quoi de plus noble. L'égalité des hommes devant Dieu leur père commun, l’injonction du pardon des offenses, se conformer à l'égard des autres à ce que nous attendons d’eux, la fraternité parmi les hommes, l'unité de l'esprit, voilà la morale divine, voilà celle du Christ. Dieu, il s’est fait homme et c’est mêlé parmi les hommes pour s’associer à leurs misères pour leur prêcher d’exemple le courage et la résignation aux chagrins, aux peines, aux maux qui affligent l'humanité ! C'est la vertu, c'est la concorde, c’est la philanthropie qu'il annonce et qu’il présente. Un de ses disciples vient de frapper du glaive, un de ceux qui venait arrêter son maitre, et Jésus lui dit :  Pierre remettez votre épée dans son fourreau, celui qui se servira de l'épée périra par l'épée ! Et il guérit la blessure de son ennemi. Voilà la véritable morale, la morale divine, la base de la vraie religion !

    Monsieur le curé je vous …, je vois en vous le prêtre humain, l’estimable pasteur, je tiens à votre estime, et ne voudrais point vous faire la plus légère peine. Mais je vous le demande les ministres de la religion du Christ ont-ils toujours été fidèles à leur mandat ? Leur lot n'est-t-il pas assez brillant de réunir les ennemis divisés, de prêcher la concorde dans les familles et d'y rétablir la paix, de soulager les infortunés, d'être le canal par lequel s'écoulent les aumônes de la charité, d'assister le patient à son heure suprême, de fortifier et encourager l'agonisant au lit de mort ? Avaient-ils besoin de s'agiter et troubler le monde par des exigences et des présomptions toutes mondaines !

    Le bon voyageur était ému, il nous demanda la permission de s'éloigner. Nous lui donnâmes rendez-vous sur les bords du Tauroussel où nous devions diriger notre provenance du jour. Lorsqu'il fut sorti, nous racontâmes au bon curé le crime affreux exécuté dans sa famille, et qui devait peser comme un poids énorme sur toute son existence. Le bon pasteur en fut vivement attristé. Nous résolûmes de nous réunir tous au repas pendant le temps de notre séjour, le bon curé en fut enchanté ainsi que nous.

    Nous retrouvâmes notre voyageur au bord du Tauroussel près le chemin d'Autignac à Saint-Nazaire, il lisait « I promessi sposi (Les fiancés) de Manzoni ». Nous continuâmes notre promenade par le chemin de Montcal et des magnols ( ???) jusqu’au ruisseau de Taurou ou de la Valongue dont nous suivîmes les bords accidentés et montueux jusqu'à la limite de la commune. Le terrain n'offre que des pâturages et des vignes. Nous rentrâmes au village par le chemin de Bédarieux. En approchant d'Autignac, la culture de la vigne est entremêlée de celle des céréales.

    La commune d'Autignac nous offrit peu de choses sous le rapport statistique et militaire, sous le rapport pittoresque elle est assez intéressante. Notre départ étant prochain, nous primes auprès du maire des renseignements sur les mesures en usage dans sa commune et voici ce qu'il nous apprit.

    Mesures

    Celles agraires et pour les grains sont les mêmes que celle de Causses ; celle pour le vin, sont spéciales. Le muid d'Autignac est divisé en 16 setiers ; le setier est divisé en 21 quartons.

    Le muid vaut 6 hl 92,41 litres

    Le setiérs vaut 43,28 litres

    Le quarton vaut 2,06 litres

    La feuillette vaut 0,52 litres

    L’hectolitre vaut 2 setiers 6 quartons 2,13 feuillettes

    Le décalitre vaut 4 quartons 3,45 feuillettes

    Le litre vaut 1,94 feuillette

    Celles pour l’huile, comme à Villeneuve-les-Béziers.

    Notre départ fut fixé au lendemain, notre intention était d'aller à Cabrerolles. Notre ami le maire nous engagea à commencer par Laurens où il avait quelques affaires et où il désirait nous accompagner.

    Nous y souscrivîmes avec plaisir ; il fut en outre décidé que notre excellent voyageur achèverait avec nous l'excursion du canton de Murviel et que nous l’accompagnerions ensuite à Béziers pour visiter une partie du Canal des 2 mers.

    Après nos adieux au bon curé et accompagné du maire, nous entrâmes sur la commune de Laurens, en traversant le ruisseau de la Pataque et suivant le chemin d'Autignac à Laurens, dit de la Pataque, nous trouvons chemin faisant un ravin assez profond et le ruisseau d'Azil qui se jette non loin de là dans celui de la Pataque. Nous prenons ensuite le chemin de la Liquière Laurens et laissant à gauche la tuilerie Portal et un moulin à vent, enfin, nous entrons dans Laurens en traversant le Libron. Nous descendîmes chez un ami du maire qui nous offrit l'hospitalité pendant notre séjour.

    Le bureau de poste d’Autignac est à Béziers.

  • Et celle imprimée « Guide du voyageur dans le département de l'Hérault »

 

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 Qui sont les personnages ?

 L’auteur : Jean-Marie AMELIN (1785-1858) est né à Versailles. Il est professeur de dessin à Alexandrie (Piemont Italien), Grenoble, Lyon, La Rochelle et enfin à l’école du génie de Montpellier entre 1816 et 1851.

 Il parcourt l’Hérault dont il visite tous les villages.

 Le maire : Jean-Baptiste PASTRE (1771-1828) est né à Thézan, est officier de santé, se marie en 1808 avec Marie-Françoise FOUILHE. Il sera maire d’Autignac de 1819 à 1928. Je crois comprendre qu’il est l’auteur de ce guide trouvé au fond d’une malle dont il cite des extraits à Amelin.

 Le voyageur rencontré : un Italien fils d’un comte, employé aux ponts et chaussées (ingénieur ?). Il a suivi les cours de Jean-Marie Amelin à l’école du génie d’Alexandrie vers 1814.

 Le curé : Louis TRINQUIER (1763- ? 1837) prêtre nommé à Autignac peut-être en 1809 jusqu’en 1837.

 Amelin loge chez le maire rue du Bon Conseil.

 Un grand merci à l’ami Bernard RIUS qui m’a fait découvrir ces documents.

 AMELIN (Jean-Marie), dessinateur et aquarelliste, né à Versailles le 10 août 1785; mort à Paris le 17 septembre 1858. A l’âge de 26 ans, il appartient à l’armée française et se trouve à Paris où il est employé comme artiste peintre au dépôt des fortifications et à la galerie des plans et reliefs, fonction qu’il occupe du 25 mars 1811 au 30 avril 1812. Le 1er mai 1812, Jean-Marie Amelin se trouve à l’Ecole Régimentaire des Mineurs et Sapeurs du Génie à Alexandrie dans le Piémont (sous l’influence française). Il y est en tant que professeur de dessin, activité qu’il exerce pour la première fois et qu’il continuera jusqu’à la fin de sa vie. Il quittera le pays le 8 mai 1814. Professeur de dessin à l’Ecole Régimentaire du Génie à Grenoble du 9 mai 1814 au 6 juin 1816. Après un passage à Lyon, il se trouve le 19 juillet 1815 à La Rochelle. Et le 7 juillet 1816, alors célibataire et âgé de trente et un ans, il prend ses fonctions de professeur de dessin à l’Ecole Régimentaire du Génie de Montpellier. Il y exercera toute sa carrière jusqu’au 31 décembre 1851.

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