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26/03/2012

Histoire du puits

"On mande de Béziers que des ouvriers creusant un puits à Autignac, village à trois lieus de cette ville, parvenus le 3 du mois dernier à environ six toises de profondeur, voyant l'eau suinter insensiblement, redoublant d'activité à cet aspect et se hâtant de pousser plus loin leurs travaux, entendirent tout à coup un grand bruit souterrain qui les épouvanta ; en se rassurant, ils se rapprochèrent du puits au fond duquel était resté un de leur camarade, qu'ils appelèrent et qui ne répondit pas.
Un de ses frères, effrayé pour lui, descendit dans un baquet pour le secourir et ne donna aucun signe de vie dès qu'il eut touché le fond ; un troisième le suivit et éprouva le même sort ; un quatrième osa s'exposer à descendre mais on prit la précaution de l'attacher et de le suivre de l'œil pendant qu'on le descendait doucement. On l'aperçut bientôt pencher la tête, s'agiter par secousses violentes ; on le remonta aussitôt et il resta deux heures sans mouvement. On tenta alors des expériences qu'on aurait du faire d'abord ; on mit un coq dans le baquet, on le descendit jusqu'au fond et on le trouva, en le remontant, presque expirant, avec la crête brulée. On fit le même essai sur un chat qui était presque mort lorsqu'on le retira. Peronne n'osant s'exposer à descendre, on retira avec des crocs les trois personnes qui étaient restées dans le puits ; elles étaient mortes ; leur peau paraissait toute calcinée. La lettre ajoute que le bruit souterrain continu et que des physiciens-chimistes s'occupent à reconnaitre la cause de ce bruit et l'espéce de ces vapeurs gazeuses dont les effets ont été si funestes. On assure qu'on a tiré de ce puits des matières vitrifiées qu'on dirait avoir été mises en fusion."
Trouvé par Patrice LEFUR dans "La Gazette de France de 1786"

L'an 1786 et le 31eme jour du mois d'aout, le conseil général de la communauté d'Autignac a été assemblé en la forme ordinaire par mandement du sieur Jean ESCANDE second consul et par devant le sieur GELY lieutenant, ont été présents et opinants les habitants soussignés par devant le sieur ESCANDE consul ont été présents et opinants les habitants soussignés
Auquel conseil a été dit par le sieur GELY lieutenant qu'à cause des grands malheurs quy sont arrivés dans l'endroit notamment dans un puits que le sieur MARTY premier consul faisait recreuser à un ferajeal au ténement del Portalet quy confronte les murs du lieu lesquels ont occasionné la mort de trois hommes savoir que le premier qui descendit dans le dit puits le matin pour y puiser un peu de l'eau quy y avait à peine y fut-il descendu qu'il se sentit défaillir et demanda du secours qu'on le montât tout de suite l'ayant monté dessuite dans une comporte à peine fut-il élevé à une canne de hauteur qu'il tombât raide mort dans le dit puits à cause de mauvaises exhalaisons qu'il en respira du souffre, mercure et autres --- brulan et de suite un autre homme voulant y descendre pour y donner du secours pour y sauver la vie en vain il y fut qu'il y mourut tout de suite un troisième voulant y descendre pour secourir son frère y resta également et fut mort dessuite sans daigner donner un signe de vie un quatrième voulant y descendre pour donner du secours à ses deux frères et pour les pécher alors il aurait essuyé le même sort que les autres s'il n'avait de la prudence des personnes présentes quy donnerait le sage conseil de l'attacher avec des cordes pour pouvoir le monter dessuite à peine fut-il descendu au fond du puits que les personnes au haut du puits le voient pâmer et l'ayant monté dessuite promptement à peine fut-il dehors qu'il ne respirait qu'avec peine et était à demi mort s'il n'eut été le grand secours des remèdes qu'on lui donna il aurait essuyé le même sort et la sage prudence de Mr l'avocat GUIBERT avocat citoyen du lieu de St Genies se trouvant sur les lieux voulant faire l'expérience tendrait à la (destruction ?) tant des bêtes que des hommes on descendit un coq à peine fut-il descendu environ neuf (ou vingt ?) cannes dans le puits qu'il mourut de suite et l'ayant monté dessuite on s'aperçut que sa crête et sa langue fut brulée que le lendemain voulant faire une seconde expérience d'un chat qu'on descendit dans un panier l'ayant descendu dans le dit puits qu'il subit le même sort quy a fait augurer à toute la communauté que ces matières étaient pestiférées et qu'elles pouvaient se communiquer facilement dans l'endroit en pouvoir occasionner une peste dans le voisinage et tendre à la destruction du public comme il convient d'éviter des plus grands malheurs il convient que le puits soit comblé dessuite qu'il soit délibéré à raison du proposé sur quoi les voix recueillies il a été unanimement déclaré qu'il est donné pouvoir au sieur ESCANDE consul au nom de la communauté de faire combler le dit puits comme aussy de se pourvoir devant qui de droit pour le faire combler dans le cas il fut pris à partie et que le tout sera fait aux frais et dépens de la dite communauté comme la cause requiert célérité il convient de travailler sans délay à combler le dit puits pour la conservation du public ainsy a été conclu et délibéré et … dessus le sieur ESCANDE second consul a interposé son autorité judiciaire et est signé avec le sieur FOUILLE procureur du roy au bureau de police et le sieur Jean FERRET procureur du roy conseillers habitants délibérants et nous Martin PASTRE greffier consulaire requis. 
Extrait du "Registre des délibérations consulaires 1781-1789" d'Autignac

Traduction
L'an 1786 et le 31eme jour du mois d'aout, le conseil général de la communauté d'Autignac a été assemblé en la forme ordinaire par mandement du sieur Jean ESCANDE second consul. Présents et opinants les habitants soussignés
Auquel conseil a été dit par le sieur GELY lieutenant que, à cause des grands malheurs qui sont arrivés dans l'endroit, notamment dans un puits que le sieur MARTY premier consul faisait recreuser à un ferajeal au tènement del Portalet (qui confronte les murs du lieu). Lesquels événements ont occasionné la mort de trois hommes : savoir que le premier qui descendit dans le puits le matin pour y puiser un peu de l'eau qu'il y avait, à peine y fut-il descendu qu'il se sentit défaillir et demanda du secours. On le montât tout de suite dans une comporte. A peine fut-il élevé à une canne de hauteur qu'il tombât raide mort dans le dit puits à cause de mauvaises exhalaisons qu'il respira (du souffre, du mercure ou d'autres --- brulants ?). 
De suite, un autre homme voulant y descendre pour lui donner du secours, pour lui sauver la vie, en vain il y fut qu'il y mourût tout de suite. 
Un troisième voulant y descendre pour secourir son frère y resta également. Il fut mort de suite sans daigner donner un signe de vie. 
Un quatrième voulant y descendre pour donner du secours à ses deux frères et pour les pécher aurait essuyé le même sort que les autres s'il n'avait été la prudence des personnes présentes qui donnèrent le sage conseil de l'attacher avec des cordes pour pouvoir le monter de suite. A peine fut-il descendu au fond du puits que les personnes au haut du puits le voient pâmer et le remontent promptement. A peine fut-il dehors qu'il ne respirait qu'avec peine et était à demi mort s'il n'eut été le grand secours des remèdes qu'on lui donna ; il aurait essuyé le même sort. 
La sage prudence de Mr l'avocat GUIBERT avocat citoyen du lieu de St Genies se trouvant sur les lieux voulut faire l'expérience s'il tendrait à la (destruction ?) tant des bêtes que des hommes. On descendit un coq. A peine fut-il descendu environ neuf (ou vingt ?) cannes dans le puits qu'il mourut de suite. L'ayant monté de suite, on s'aperçut que sa crête et sa langue étaient brulées. 
Le lendemain on fit une seconde expérience d'un chat qu'on descendit dans un panier. Il subit le même sort qui a fait augurer à toute la communauté que ces matières étaient pestiférées et qu'elles pouvaient se communiquer facilement dans l'endroit, qu'elles pouvaient occasionner une peste dans le voisinage et tendre à la destruction du public. 
Comme il convient d'éviter des plus grands malheurs il convient que le puits soit comblé de suite. Il a été délibéré et, les voix recueillies, il a été unanimement déclaré qu'il est donné pouvoir au sieur ESCANDE consul au nom de la communauté de faire combler le dit puits comme aussi de se pourvoir devant qui de droit pour le faire combler. Le tout sera fait aux frais et dépens de la dite communauté. Comme la cause requiert célérité il convient de travailler sans délai à combler le dit puits pour la conservation du public. Ainsi a été conclu et délibéré et … dessus le sieur ESCANDE second consul a interposé son autorité judiciaire et a signé avec le sieur FOUILLE procureur du roi au bureau de police et le sieur Jean FERRET procureur du roi, conseillers et habitants délibérants et nous Martin PASTRE greffier consulaire requis. 

Les 3 ouvriers décédés
L'an 1786 et le 31eme jour du mois d'aout a été enterré dans le cimetière de cette paroisse Jean LAURES fils légitime de Louis LAURES décédé le jour d'hier qui est mort de mort violente. Témoins les soussignés…
L'an 1786 et le 31eme jour du mois d'aout a été enterré dans le cimetière de cette paroisse Antoine LAURES fils légitime de Louis LAURES décédé le jour d'hier de mort subite âgé d'environ 21 ans. Témoins les soussignés…
L'an 1786 et le 31eme jour du mois d'aout a été enterré dans le cimetière de cette paroisse Estienne RODIER du lieu de St Genies brassier âgé d'environ dix huit ans décédé le jour d'hier fils d'Estienne RODIER brassier qui est mort de mort subite. Témoins les soussignés…

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